Les cerisiers du Japon

De YI Tae-jun

Traduit par Kim Hye-ryeon et Aurélie Gaudillat

Achevé d'imprimer : Mai 2013

203 pages, 12×22 cm

ISBN : 9782367270043 / Epub : 9782367270234

Prix : 15 €

Corée du Sud

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Les cerisiers du Japon

Tombée dans l’oubli après son passage en Corée du Nord peu avant la guerre de Corée, l’œuvre de YI Tae-jun récemment redécouverte figure désormais au rang de classique de la littérature coréenne du XXe siècle.

YI Tae-jun attache avec des mots les êtres et les choses qu’il veut garder auprès de lui : un couple qui quitte son village natal pour un avenir qu’il pense meilleur ; un écrivain entre deux âges qui trouve une seconde jeunesse grâce à sa rencontre avec l’une de ses jeunes lectrices…

L’auteur illustre à travers les récits de vie de ses contemporains une Corée partagée entre une douceur de vivre et les changements brutaux d’un pays à la recherche de sa modernité.

YI Tae-jun quitte la Corée du sud et passe avec toute sa famille en Corée du Nord rejoindre le jeune régime communiste. À la prestigieuse université Kim Il- seung de Pyongyang il était dit : «Il y a en France Maupassant, en Russie Tchekhov, aux Usa O’Reilly et en Corée Yi Tae-jun». Cet auteur né en 1904 est devenu en Corée du Nord, un auteur de référence, avec une soixantaine de nouvelles et 18 romans. Il a disparu, inexplicablement, vers 1956.

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Tokyo est déjà bien loin. Le train file à toute vitesse dans un irrésistible élan sans prêter attention aux petites gares de campagne.

« Six ans déjà… Après-demain matin, pour la première fois depuis tout ce temps, je vais revoir les mont agnes de Corée  » murmure Kim Yunkeon. Il ferme les yeux à plusieurs reprises pour dormir mais il sait qu’il n’y arrivera pas. Le front et la pointe du nez appuyés contre la fenêtre froide, il regarde dehors mais l’obscurité qui enveloppe la plaine l’ empêche de distinguer quoi que ce soit. Il se redresse sur son siège et prend un livre, à peine en lit-il quelques lignes qu’il le referme.

Il imagine qu’il n’est pas sur le chemin du retour vers son pays mais qu’il part pour le champ de bataille. Il a tant de choses auxquelles penser .

«  Enfin , je rentre chez moi ! Mais où est-ce vraiment chez moi ? »

Quittant définitivement Tokyo, son avenir lui semble plus sombre qu’il ne l’avait pensé . Yunkeon n’a pas de pays natal. Lorsqu’on lui demande ses origines, il répond sans hésitation qu’il est de C heolwon dans la province de Kangwon mais peu de gens y connaissent son nom et il n’y a pas de maisons . Il est né à Cheolwon mais quand au début d’un printemps, son père, membre du parti réformateur, est rentré en pleine nuit et a emmené sa femme et ses enfants avec lui en exil, il n’avait que quatre ans.

Par la suite, Yunkeon a passé deux ans à Vladivostok où il a perdu son père. Puis il a suivi sa mère pour s’installer à Baekimi dans la province de Hamkyeong où elle est décédée à son tour. Seul, il est monté à Wonsan et y a passé trois années, puis un an à Pyeongyang, cinq à Séoul, six à Tokyo. Voilà les lieux auxquels il s’est attaché à différentes époques de sa vie. En pensant à cela, il se rend compte qu’aucun lieu ne lui manque plus qu’un autre. Dans ses rêves, tantôt il voit la plage de Baekimi où petit il ramassait les coquillages avec ses camarades de seodang , tantôt les rues de Séoul où il a vendu des médicaments et des gâteaux fourrés à la pâte de haricots rouges pendant cinq ans pour finir ses études au lycée W. Lorsqu’on lui demande ses origines , il répond qu’il est de Cheolwon dans la province de Kangwon mais aucun souvenir de ce village n’apparait dans ses rêves. Cheolwon n’est en fin de compte que son lieu de naissance. En terme de durée, les six années passées à Tokyo représentent son plus long séjour dans un même lieu, paradoxalement c’est également la ville où il s’est senti le plus seul et le plus triste en tant qu’étranger.

À Tokyo, quand la nostalgie s’emparait de lui , Yunkeon jetait son livre sur son tatami et commençait à songer aux lieux chers à son cœur.

« Où c’est chez moi   ? Baekimi, Séoul, Cheolwon ou plus généralement la terre de Corée ? Mais qui m’attend là-bas  ? Personne. Aucun de ces lieux n’est chez moi  »

Malgré tout, il ne disait jamais que la terre de Corée n’était pas sa patrie .

« Je dois me dépêcher de finir mes études pour rentrer en Corée.  »

Fort de cette détermination, il parcourait les rues au petit matin distribuant des journaux ou tirant sa charrette de lait. Pendant six ans, il s’est motivé pour réussir.

En dépits des difficultés, il a rédigé un excellent mémoire qui a su enthousiasmer ses professeurs de sciences politiques à l’université M, et a obtenu son diplôme avec plus de mérite que quiconque. Il a atteint son but et aujourd’hui, malgré un avenir incertain, il quitte Tokyo pour regagner les montagnes et les rivières de son pays, l’empire de Corée.

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