Comme dans un conte

De KIM Kyung-uk

Traduit par CHOE Ae-young et Jean BELLEMIN-NOËL

Achevé d'imprimer : Avril 2015

399 pages, 14x21 cm

ISBN : 9782367270364

Prix : 17 €

Corée du Sud

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9782367270364Vous croyez dur comme fer que les histoires d’amour finissent toujours mal ? Que la vie n’a rien d’un conte de fées ? KIM Kyung-uk n’est pas tout à fait de cet avis et fait souffler un vent de merveilleux sur l’histoire d’un couple. Le lecteur, lui,  chemine depuis les premiers tâtonnements  et la touchante maladresse des débuts vers une maturité qui ne se départit jamais de l’émerveillement. Mais gare ! En distillant au fil du récit quelques conseils bien utiles — comment reconnaître le vrai prince charmant, comment bien embrasser, ce qu’il faut vérifier avant de remplir sa baignoire —, KIM Kyung-uk se joue du traditionnel chassé-croisé amoureux et de petits drames en coups de théâtre,  habille d’un humour subtil ce « je t’aime moi non plus ».  Car l’enjeu est de taille : pour braver les dangers de la vie à deux et surmonter les obstacles, il faut un petit grain de folie, se souvenir des contes de fées, éventuellement divorcer pour se remarier avec la même personne… et enfin devenir soi-même.

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(…)

Il n’y avait pas de raison spéciale pour qu’il la voie absolument ce jour-là, mais il avait le sentiment qu’il fallait que ça ait lieu tout de suite. C’était pour lui une question de fierté : il ne repartirait pas de là sans l’avoir rencontrée. Comme il y avait très peu de temps que le bureau était fermé, elle n’en était probablement pas encore sortie. Il est donc allé sur l’arrière du bâtiment. Comme il l’avait prévu, la porte de derrière était encore ouverte et la banque était même encore en service. Il est allé tout droit jusqu’à son guichet : Elle venait de ranger une liasse de coupures de dix mille wons dans le compteur de billets.

« Tiens ! » Ses yeux se sont arrondis.

Myeong-jé a essayé de faire un sourire, mais son visage s’est plutôt figé. Il se sentait tout à coup ridicule. De toute évidence, s’être précipité comme ça jusqu’à la porte Gwang-hwa-mun était une réaction compulsive. En plus, il n’avait pas préparé un prétexte plausible à lui donner… S’il était sagement rentré chez lui, il serait en train de se reposer à l’aise en suçant des morceaux de pastèque devant un film loué à la vidéothèque. Il commençait à regretter d’être venu.

« Qu’est-ce que tu viens faire par ici ?

– J’avais des choses à régler dans ce quartier et…

– J’imagine que tu ne viens pas ouvrir un autre compte ?

– Non, j’ai ce qu’il me faut, mais je voudrais une carte », a-t-il dit sans réfléchir.

« Une carte ?

– Oui, une carte de crédit. » Sa voix manquait d’assurance.

« Ah bon ! Excuse-moi, mais tu vas devoir patienter, j’ai déjà un client qui attend »

Myeong-jé a pris un numéro d’ordre et s’est écroulé dans un des sièges pour ceux qui font la queue. Il se sentait tout à coup écrasé de fatigue. Il regrettait terriblement la pastèque bien mûre, la bière fraîche, une nouvelle vidéo. Le guichet de cette Elle était à trop grande distance — aussi loin que l’espace séparant l’avenue de Téhéran de la porte Gwang-hwa-mun ! Comme il avait de plus en plus peur de se faire rire au nez, sa passion refroidissait à toute allure et en même temps sa transpiration était glacée. À mesure que son courage héroïque reculait, il laissait place au doute que le sang-froid ramenait sans lésiner. Il a commencé par liquider ceux qui l’avaient encouragé en lui rendant service : la carte de visite d’Elle est devenue un chiffon de papier ; la gentillesse de l’employée qui la lui avait remise a été réduite au geste de quelqu’un qui se mêle de ce qui ne le regarde pas ; même l’attention du chef de bureau qui l’avait autorisé à partir plus tôt est apparue comme une faute professionnelle chez quelqu’un chargé de contrôler le travail de ses subordonnés.

Elle lui a fait signe avec la main. Le corps qu’il a soulevé de son siège était lourd. Et son cœur encore plus lourd.

Il lui a passé le formulaire pour obtenir une carte de crédit.

« Six millions de wons ? » a-t-elle demandé en parcourant la feuille. Elle voulait parler du plafond de dépenses dans le mois.

« C’est pas assez ?

– C’est beaucoup trop !

– Tu as raison. Change en un million, s’il te plaît.

– Ça sera suffisant ?

– Oui, là, c’est peut-être pas assez… Alors deux millions, qu’est-ce que tu en dis ? »

Pendant qu’elle procédait à l’enregistrement des données du formulaire, il a essuyé avec le dos de la main les gouttes de sueur qui perlaient à son front.

« Je t’ai appelée, mais ton mobile était éteint ? » a-t-il demandé de façon indirecte quand il a récupéré sa carte d’identité.

« Effectivement : la batterie est vide.

– Ah ! C’était donc ça.

– Quand est-ce que tu as eu ma carte de visite ?

– Tout à l’heure… euh, non : hier !

– Où est-ce que tu veux recevoir la carte, à ton domicile ou à ton bureau ?

– Chez moi, je préfère. Bon, on peut dîner ensemble ce soir, si tu es libre ? »

Il n’avait d’yeux que pour sa bouche, avec le sentiment d’être un coupable attendant le verdict : son cœur avait recommencé à battre la breloque.

(…)